Bis repetita placent

Une nuit pour écrire une nouvelle sous double contrainte, voici le seul assujettissement auquel je m’astreins une fois l’an dans le cadre du prix de la nouvelle érotique (https://lesavocatsdudiable.tumblr.com/), le thème était : “ONE MORT TIME”et le mot final : “ENTONNOIR”. Cette année mon texte n’a pas été sélectionné, le thème que j’aborde je le porte depuis un moment et je reprendrai ce texte pour en faire encore autre chose. Je vous le livre avec ses maladresses, sans correction, ni modification comme reçu par le jury au petit matin :

Face au miroir, elle scrutait son visage, ses rides s’étaient marquées, ses cernes creusés, quelques cheveux blancs aussi apparaissaient. Certains matins, elle avait du mal à se reconnaître, où étaient passées ses vingt dernières années ? Elle pencha sa tête en arrière passa ses doigts sous son menton, là où les années se sentent. La maturité. Ses cheveux, malgré quelques fils blancs, étaient épais et longs, d’interminables boucles brunes. Alma, se disait que c’était une sacrée vacherie de se voir vieillir tout de même, alors qu’elle se sentait pleine de vie, prête à tout recommencer chaque jour. Justement, ce soir, elle avait un nouveau rendez-vous, une nouvelle rencontre avec un presque inconnu. Elle y jouerait les mêmes badinages, ceux auxquels elles se prêtaient depuis des mois, dans l’espoir d’une nuit ou d’une vie ? Elle devait s’y rendre juste après sa journée de travail, alors elle se préparait dès maintenant. Elle prit une douche, laissa couler l’eau longtemps sur ses cheveux, en ce moment ils lui demandaient plus de soins, ils s’emmêlaient plus que d’habitude, les coups de brosse n’y faisait rien. Ils avaient leur propre vie, ne respectaient aucune règle, un jour de belles boucles brillantes disciplinées, un autre un tas de mèches indociles qui n’obéissaient à aucune attention, brosse, masque ou huile, ils ne voulaient rien savoir. Elle avait souvent pensé à les couper, d’autant plus qu’avec l’âge le cheveu long, elle trouvait cela incongru, une phrase qu’elle avait entendu enfant des femmes de la famille, mais c’était sa coquetterie, un atout de séduction. Lors de son dernier rendez-vous, l’homme qu’elle avait rencontré, lui avait dit à la fin du repas « Ta chevelure est une jungle dans laquelle j’aimerais me perdre. ». C’était il y a deux jours, un bel homme, il s’appelait Gaspard, elle l’avait observé durant le dîner alors qu’il lui parlait de ses dernières vacances, elle n’écoutait rien de son histoire, seul comptait la petite musique de ses mots, les expressions de son visage, elle essayait de deviner celui qu’il était. Elle le fixait, imaginait ses mains sur ses hanches, puis glissant sur ses fesses. Il devait être beau nu. Ils sont sortis du restaurant, se sont regardés, se sont approchés, l’un face à l’autre, il avait ce regard myope, celui qui regarde à travers, il fixait ses lèvres, elle l’a embrassé, elle voulait le goûter. Ils se sont dirigés vers son appartement. Elle leur donnait toujours rendez-vous dans le restaurant de son quartier, les recevait toujours chez elle, elle aimait être dans son environnement, son décor, cela la rassérénerait d’avoir une constante dans cette succession de rencontres. La porte à peine fermée, elle lui demanda de se déshabiller, elle voulait le voir nu devant elle sans artifices, offert à son désir, elle aimait ce moment, certains étaient à l’aise, d’autres sûrs d’eux, fiers, mais, le plus souvent, ils ne savaient pas comment se tenir, gênés, se sentant vulnérables, nus face à une femme habillée. Lui, n’était pas embarrassé, il bandait déjà, cet ordre simple l’avait excité. Cela lui avait suffi pour avoir une idée de comment elle allait jouir de lui. Elle se déshabilla à son tour. Elle lui demanda de s’asseoir sur le bord du lit, elle prit sa verge dans sa bouche, lui prodigua succions et baisers, tandis qu’une main caressait ses bourses, puis un doigt s’aventura un peu plus loin et s’enfonça, la dureté de son membre et ses gémissements lui assuraient qu’elle ne s’était pas trompé dans son choix. Il jouit. En retour, elle lui demanda de lui rendre la politesse. Il s’y prenait mal, elle n’y tenait plus, elle finit par l’écarter et se caresser. Elle jouit. Il était parti au petit matin comme beaucoup d’autres avant lui, elle n’aurait certainement pas de nouvelle comme tous les autres aussi, elle n’y tenait pas particulièrement. Tous ces amants comme par un enchantement disparaissaient toujours après qu’elle ait couché avec eux. Ils la pressaient de messages, de mails, d’appels avant leur premier rendez-vous, après aussi, tant qu’elle ne les avait pas accueillis dans son lit. Ensuite, la première nuit venait, certains promettaient un appel, un autre rendez-vous, mais ils s’évanouissaient dans la nature, aucune réponse à ses sollicitations comme s’ils n’avaient jamais existé. Après tout, c’était le jeu des amours et des hasards.
Sa journée au travail se déroula comme à son habitude, Alma travaillait dans les assurances, elle trouvait cela drôle de ne jamais savoir de quoi demain serait fait dans sa vie, mais d’être dans les assurances. Le soir venu, elle passa aux toilettes pour passer en revue son apparence devant le miroir. Un peu de poudre pour se rafraîchir le teint, un peu de blush pour la bonne mine, du mascara pour intensifier son regard, qui n’en avait pas vraiment besoin, ses yeux d’un marron profond se suffisaient à eux-mêmes, un rouge aux lèvres, puis venait la question délicate du cheveu, elle avait pris l’habitude au bureau de les attacher, son impressionnante chevelure ne manquait jamais de susciter des commentaires et cela l’agaçait, mais la journée finie surtout avec la perspective d’un rendez-vous, elle leur rendait leur liberté. Un dernier regard au miroir, elle s’en alla. Il avait insisté pour qu’elle le rejoigne dans son quartier, au début un peu déstabilisée elle avait mis du temps à répondre, puis après réflexion elle s’était dit qu’il fallait bien sortir de son terrain de jeu quelquefois. Elle vit Balthazar de loin, assis à la terrasse du café discutant avec les personnes de la table d’à côté, elle marchait vers lui, ses jambes devenaient cotonneuses, son cœur battait la chamade, il l’accueillit avec un sourire malicieux qui finit de la faire fondre. Elle était désormais assise, le rouge aux joues, elle n’avait plus de mot, elle si bavarde habituellement, rompue à l’exercice du premier rendez-vous, ne savait plus quoi dire. Il ne parlait pas beaucoup également. Elle proposa une marche, cette tension lui était insupportable. Ils tournèrent au bout de la rue, il lui demanda s’il pouvait l’embrassait, elle répondit oui. Il lui proposa d’aller à son appartement, elle répondit oui aussi.
De gestes adroits il la déshabilla et la pencha sur le canapé. Ce fut fort, animal, sale. Il la prit comme un dû, ses deux premiers oui, valaient acceptation pour tout ce qui se passerait. Il la fit pleurer, jouir, elle eut le souffle coupé, le râle animal. Puis ce fut doux, il la caressa, l’embrassa, chaque parcelle de son corps ne serait pas épargné. Sa main le long du dos pour effacer les traces de cet échange brusque, confus et heureux. Des baisers, des caresses à nouveau. Il posa sa main sur son cœur, elle le regarda comme si elle le voyait pour la première fois. Sa tête sur son épaule, elle le respira. Ils s’endormirent dans les bras, l’un de l’autre jusqu’au matin. Il lui proposa de prendre leur petit-déjeuner ensemble dans le café où ils s’étaient retrouvés la veille, comme elle était déjà habillée, l’habitude sans doute, elle lui demanda de le rejoindre le temps d’aller chercher des croissants. Elle attendit au café, commanda un allongé, sortit son miroir de poche, se maquilla, essaya de faire quelque chose avec ses cheveux particulièrement récalcitrants ce matin, puis abandonna en se disant qu’ils avaient qu’à faire ce qui leur plaisaient après tout, elle s’en fichait bien, elle était amoureuse, avait passé une nuit merveilleuse, cela ressemblait à un rêve qu’elle voulait sans fin. Il n’était toujours pas arrivé. Elle demanda au serveur s’il avait vu un homme rentrer depuis qu’elle était assise, personne. Elle finit de boire son allongé, mangea son croissant, se maudit d’avoir pensé un instant que c’était de l’amour. Il avait juste trouvé ce prétexte du déjeuner ensemble, pour la faire sortir de chez lui. Il était comme les autres. Cette fois-ci, elle savait où il habitait, elle irait lui dire immédiatement ce qu’elle pensait de lui. Elle grimpa les escaliers, toqua à la porte, restée entrebâillée, elle s’ouvrit. Elle le vit debout, il était figé, il n’était plus qu’une pierre grise d’un seul tenant. Elle hurla, se tourna, se retrouva face à un miroir et vit des serpents s’agiter dans sa chevelure. C’en était trop pour sa raison. Elle regarda le ciel par la fenêtre et se sentit happée par un nuageux entonnoir.